Un Français installé depuis douze ans à Lisbonne décède en laissant un appartement au Portugal, une maison en France et deux enfants vivant dans des pays différents. La famille pense spontanément que le droit français s'applique parce que le défunt était français et possédait un bien à Toulouse. Depuis l'application du règlement européen n° 650/2012 aux décès intervenus à compter du 17 août 2015, la réponse est plus structurée : la résidence habituelle du défunt constitue le critère général de détermination de la loi successorale.
Le règlement permet également une professio juris : une personne peut choisir la loi de l'État dont elle possède la nationalité pour régir l'ensemble de sa succession. Le certificat successoral européen facilite ensuite la preuve de la qualité et des pouvoirs des héritiers dans plusieurs États participants. Ces règles civiles ne règlent toutefois pas la fiscalité. La France conserve ses propres règles d'imposition, sous réserve des conventions internationales. Il faut donc traiter séparément la loi successorale, l'autorité compétente et les droits de succession.
Quelle est la règle générale du règlement européen 650/2012 ?
L'article 21 du règlement européen n° 650/2012 prévoit que, sauf disposition contraire, la loi applicable à l'ensemble de la succession est celle de l'État dans lequel le défunt avait sa résidence habituelle au moment du décès. Le règlement a une application universelle : selon son article 20, la loi désignée peut être celle d'un État membre ou d'un État tiers. Le critère n'est donc ni la nationalité automatique du défunt ni le lieu où se trouve chaque bien pris séparément.
Exemple concret. Madame Lavigne, française, vit de manière stable à Madrid depuis quinze ans, y travaille, y paie ses dépenses courantes et y a organisé sa vie familiale. Elle conserve un appartement locatif à Bordeaux. En l'absence d'un choix de loi valable et sous réserve de l'analyse complète des circonstances, la résidence habituelle en Espagne peut conduire à l'application de la loi espagnole à la succession dans son ensemble.
La notion de résidence habituelle suppose une appréciation globale. Le considérant 23 du règlement invite à examiner notamment la durée et la régularité de la présence ainsi que les conditions et raisons de celle-ci. Une adresse administrative isolée ne suffit pas lorsque la vie réelle du défunt se déroulait ailleurs.
Sur le plan documentaire, un dossier relatif à une succession internationale gagne à être organisé avant toute prise de position définitive. Il faut réunir les actes d'état civil, testaments, justificatifs de résidence, titres de propriété et documents fiscaux de chaque pays. Chaque pièce doit être datée, replacée dans son contexte et rapprochée de l'affirmation qu'elle est censée prouver. Cette méthode évite de multiplier des documents sans lien direct avec le point litigieux. Une preuve utile est une preuve rattachée à un fait précis, compréhensible par le notaire, l'expert, la partie adverse ou le juge.
Peut-on choisir à l'avance la loi française pour sa succession ?
L'article 22 permet à une personne de choisir comme loi régissant l'ensemble de sa succession la loi de l'État dont elle possède la nationalité au moment du choix ou au moment du décès. Une personne ayant plusieurs nationalités peut choisir la loi de l'un de ces États. Ce choix doit être formulé expressément dans une disposition à cause de mort ou résulter des termes d'une telle disposition.
Exemple concret. Un Français installé durablement en Italie souhaite que sa succession soit régie par la loi française. Il peut, sous réserve des conditions de forme et de validité, insérer dans son testament un choix de loi française fondé sur l'article 22. Sans ce choix, la résidence habituelle italienne pourrait conduire à l'application de la loi italienne au titre de l'article 21.
La Cour de justice de l'Union européenne a confirmé que le choix peut même porter, sous les conditions du règlement, sur la loi nationale d'un État tiers. La professio juris est donc un véritable outil de planification, mais elle ne doit pas être rédigée de manière ambiguë ou confondue avec un simple souhait sur la compétence d'un notaire.
La chronologie mérite un document autonome. Elle doit faire apparaître les années précédant le décès, la date du décès, les démarches successorales et les échéances fiscales. Les désaccords juridiques viennent souvent d'une confusion entre la date du fait, la date à laquelle il a été connu et la date à laquelle une démarche a été accomplie. Écrire la chronologie permet de vérifier les délais sans approximation et de repérer immédiatement les périodes pour lesquelles des pièces manquent encore.
Succession internationale : séparer les questions
Faites défiler le tableau horizontalement pour lire les trois colonnes.
| Point à examiner | Question utile | Pièces ou vigilance |
|---|---|---|
| Loi successorale | Identifier la résidence habituelle et un éventuel choix de loi. | Historique de vie, nationalités, testament. |
| Autorité compétente | Déterminer où et par qui le dossier peut être traité. | Pays concernés et procédures déjà ouvertes. |
| Preuve des droits | Vérifier les documents nécessaires dans chaque État. | Actes d’état civil et titres successoraux. |
| Fiscalité | Étudier les règles fiscales indépendamment du droit civil. | Domiciles fiscaux, localisation des biens et conventions. |
Repère juridique : Notaires de France, règlement européen sur les successions.
La résidence habituelle peut-elle être discutée par les héritiers ?
Oui. Certaines situations sont faciles à identifier, d'autres beaucoup moins : expatriation récente, alternance entre deux pays, maison familiale conservée en France, activité professionnelle à l'étranger ou retour envisagé avant le décès. L'article 21 prévoit même, à titre exceptionnel, que lorsqu'il ressort clairement de toutes les circonstances que le défunt présentait des liens manifestement plus étroits avec un autre État, la loi de cet autre État peut s'appliquer.
Exemple concret. Monsieur Olivier part travailler en Belgique pour une mission temporaire de dix mois, conserve son foyer, sa famille et l'essentiel de sa vie personnelle en France, puis décède pendant la mission. La présence physique en Belgique ne suffit pas forcément à conclure à une résidence habituelle belge. Il faut examiner la nature du déplacement et l'ensemble de ses attaches.
Les pièces utiles peuvent inclure bail, factures, déclarations administratives, lieu de travail, comptes bancaires, scolarisation des enfants et habitudes de vie. Le dossier doit raconter une vie réelle, pas seulement une domiciliation. C'est particulièrement important lorsque les lois des deux États conduisent à des droits successoraux très différents.
Lorsque les parties ne s'accordent pas sur la résidence habituelle, le choix de loi et la portée des documents étrangers, une expertise ou un avis technique peut être utile, mais sa mission doit rester ciblée. L'expert constate, mesure et évalue les faits relevant de sa compétence ; il ne remplace pas le juge pour trancher la qualification juridique. Une mission bien définie évite une expertise trop large, coûteuse et difficile à exploiter ensuite dans la négociation ou la procédure.
Le règlement s'applique-t-il à tous les pays européens ?
Le règlement s'applique dans les États membres participants et couvre les successions ouvertes à compter du 17 août 2015. Le portail européen e-Justice rappelle que le Danemark et l'Irlande ne participent pas au règlement. Cela ne signifie pas que toute succession liée à ces pays échappe à toute coordination internationale, mais le mécanisme du règlement 650/2012 ne s'y applique pas de la même manière.
Exemple concret. Une personne décède avec une résidence habituelle en Irlande et un immeuble en France. Le dossier ne peut pas être traité comme une succession entre deux États participant pleinement au règlement. Il faut analyser les règles de droit international privé applicables, les éventuelles conventions et les formalités requises dans chaque pays.
La présence d'un État tiers, comme la Suisse, le Royaume-Uni ou les États-Unis, nécessite également une analyse spécifique. L'application universelle du règlement peut désigner une loi étrangère, mais des questions de renvoi, de reconnaissance et de formalités peuvent apparaître. International ne signifie pas européen : la carte des États concernés doit être établie dès le début.
Le chiffrage doit pouvoir être relu par une personne extérieure au conflit. Pour une succession internationale, il faut isoler les droits civils et les obligations fiscales en les traitant comme deux analyses distinctes, indiquer les sources utilisées et distinguer les montants certains de ceux qui restent discutés. Un calcul transparent facilite la contradiction : l'autre partie peut contester une hypothèse précise au lieu de rejeter un montant global dont la méthode n'est pas visible.
À quoi sert le certificat successoral européen ?
Le règlement a créé le certificat successoral européen, destiné notamment aux héritiers, légataires, exécuteurs testamentaires et administrateurs de la succession pour prouver leur qualité ou leurs pouvoirs dans d'autres États membres participants. Le portail e-Justice indique qu'une fois délivré, il est reconnu dans les États concernés sans procédure spéciale de reconnaissance.
Exemple concret. Une héritière française doit faire valoir ses droits sur un compte bancaire en Allemagne et sur un bien situé en Espagne. Plutôt que de faire reconnaître séparément des documents nationaux selon des démarches différentes, le certificat successoral européen peut faciliter la preuve de sa qualité, sous réserve des formalités propres aux opérations à réaliser et des exigences des registres concernés.
Le certificat ne remplace pas tous les actes du règlement de la succession et ne règle pas la fiscalité. Il constitue un instrument de preuve transfrontalière. Il faut déterminer qui peut le demander, quelle autorité peut le délivrer dans le dossier et quelles informations doivent y figurer.
Une discussion amiable avec les héritiers et autorités intervenant dans les différents États reste possible tant que les droits et les délais sont préservés. Elle est plus efficace lorsque la demande est structurée autour de faits admis, de faits contestés et de pièces manquantes. Il est préférable de formaliser les propositions importantes par écrit et d'éviter les accords partiels dont la portée n'est pas claire. Négocier ne signifie pas abandonner la vigilance procédurale.
La loi successorale détermine-t-elle aussi les impôts à payer ?
Non. Le règlement 650/2012 traite les aspects civils de la succession et ne crée pas un impôt européen sur les successions. La fiscalité doit être analysée séparément. L'administration fiscale française indique notamment que lorsque le défunt était domicilié en France, les biens transmis situés en France ou à l'étranger peuvent être imposables en France ; lorsque le défunt était domicilié hors de France, l'étendue de l'imposition dépend notamment de la situation des biens et, dans certains cas, de la résidence fiscale de l'héritier.
Exemple concret. Une succession peut être régie civilement par la loi portugaise en raison de la résidence habituelle du défunt tout en comportant un immeuble en France soumis aux règles fiscales françaises. Un héritier résident de France depuis plusieurs années peut également rencontrer des règles fiscales françaises sur des biens étrangers selon les conditions prévues par le droit fiscal.
Les conventions fiscales internationales doivent être vérifiées lorsqu'elles existent afin d'éviter ou de traiter les doubles impositions selon leurs mécanismes. Choisir la loi française au titre de l'article 22 ne choisit pas la fiscalité française, et l'inverse est également vrai.
Avant toute assignation concernant une succession internationale, il faut vérifier que les demandes correspondent exactement aux faits prouvés et au fondement retenu. Une procédure ne doit pas servir à rechercher au hasard ce qui aurait pu se produire. Lorsque certaines informations manquent, il faut identifier le moyen légal de les obtenir et expliquer pourquoi elles sont nécessaires. La proportion entre l'enjeu, la preuve disponible et la procédure envisagée participe à la qualité du conseil donné au client.
Quels délais et documents anticiper dans une succession internationale ?
Les délais fiscaux français ne doivent pas être déduits du règlement européen. L'administration fiscale française indique en principe un délai de six mois pour déposer la déclaration lorsque le décès intervient en France et douze mois lorsque le décès intervient à l'étranger, sous réserve des exceptions prévues. D'autres États peuvent appliquer leurs propres calendriers et formalités. Les héritiers doivent donc établir un tableau des obligations pays par pays.
Exemple concret. Un décès intervient au Portugal, avec des héritiers en France et des biens dans les deux pays. Le notaire doit traiter la loi successorale, tandis que les héritiers doivent aussi identifier les déclarations fiscales françaises et portugaises, les justificatifs de propriété, traductions et documents d'état civil nécessaires. Attendre la vente d'un bien avant de regarder les délais peut créer des pénalités ou des blocages.
Les documents de base comprennent actes de naissance et mariage, testament, justificatifs de résidence, titres de propriété, relevés d'actifs et dettes, ainsi que les coordonnées des professionnels intervenant à l'étranger. La coordination documentaire est une condition de rapidité dans ces dossiers.
Il est également utile de séparer trois catégories : ce qui est établi, ce qui est vraisemblable mais encore discuté, et ce qui n'est qu'une hypothèse. Cette discipline est particulièrement importante dans une succession internationale, où les relations personnelles ou contractuelles peuvent amplifier les interprétations. Présenter les incertitudes de manière explicite renforce la crédibilité du dossier et permet de concentrer les démarches sur les points réellement décisifs.
Quel est le rôle de l'avocat dans ce type de dossier ?
L'avocat identifie d'abord les pays concernés, la résidence habituelle du défunt et l'existence d'un choix de loi au sens de l'article 22. Il confronte le testament et les circonstances de vie aux règles du règlement 650/2012. Cette analyse permet de déterminer la loi successorale avant de calculer les droits civils des héritiers.
Il coordonne ensuite les questions qui ne se confondent pas : compétence, loi applicable, reconnaissance des actes, certificat successoral européen et fiscalité. Il peut travailler avec un notaire français et des correspondants étrangers. Une succession internationale exige une lecture transversale, car un choix valable en droit civil ne règle pas la fiscalité.
Enfin, l'avocat peut sécuriser les démarches des héritiers dans plusieurs États et prévenir les contradictions entre actes. La préparation est particulièrement utile lorsque le défunt possédait plusieurs nationalités, avait récemment déménagé ou détenait des actifs importants dans différents pays.
Une succession, plusieurs vérifications
- Reconstituer la vie du défuntRésidence habituelle, liens familiaux et patrimoine international.
- Lire les dispositions prisesRechercher un testament et un éventuel choix de loi.
- Coordonner les démarchesArticuler le règlement civil et les formalités fiscales.
Point de vigilance. La présence d’un bien en France ne suffit pas à rendre automatiquement le droit français applicable à toute la succession.
Que faut-il retenir ?
Depuis le règlement 650/2012, la règle générale est la loi de la résidence habituelle du défunt au moment du décès, avec possibilité de choisir la loi de sa nationalité dans les conditions de l'article 22. Le certificat successoral européen facilite la preuve des droits dans les États participants.
La fiscalité reste un sujet distinct. Les règles françaises d'imposition, les conventions internationales et les délais de déclaration doivent être examinés séparément. Dans une succession transfrontalière, la première étape consiste donc à cartographier les pays, les biens, les héritiers et les documents applicables.
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Cet article est fourni à titre purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Les règles applicables peuvent évoluer et chaque situation présente ses propres spécificités. Pour toute question concernant votre situation, nous vous invitons à consulter un avocat qui pourra vous apporter une réponse adaptée.



